
Article du journal SUD OUEST du 20 Décembre 2010 :
Plongée anonyme d'une heure dans une religion à l'étrange credo intime et universel
Quand on pousse la porte du 4, rue de Cheverus, Pascal a le sourire éclatant. Dans l'hyper-centre de Bordeaux, à deux pas de la place Pey-Berland, l'église de Scientologie a le pignon sur rue modeste, mais bien placé. Et Pascal est franchement enthousiaste: "Bienvenue chez nous, est-ce que vous connaissez la Scientologie ?" On répond par la négative et arbore la curiosité du novice qui a entendu beaucoup de choses sur le sujet mais a du mal à se faire un avis. Pascal se propose d'expliquer dans un exposé au débit soutenu, rodé et imagé.
La première salle est consacrée aux actions sociales et humanitaires de la Scientologie. Pascal commence par nous mettre en main « Le Chemin du bonheur »,un manuel pour être heureux. « Prenez soin de vous-mêmes »,« Soyez modéré »,« Ne soyez pas de mœurs faciles », sont les trois premiers chapitres. « Du bon sens vraiment basique », reconnaîtlesouriant. Pascal qui nous révèle un édifiant phénomène:» Via un colonel convaincu, le gouvernement colombien nous a autorisés à distribuer ce guide à grande échelle dans le pays à la fin de l'année 2009 », raconte-t-il.» Enunan,lacriminalitéabaissé de 50 %, au grand effarement des pays voisins ! » Le bon sens près de chez vous.
Psychiatrie honnie
Dans le guide est glissé « Qui êtes-vous ? » un questionnaire de 200 questions que l'on vous invite à renvoyer pour avoir sous 48 heures les résultats. Après le bon sens, la jeunesse : Pascal expose les actions en faveur des droits de l'homme et le mouvement des jeunes qui prétendent faire pression sur les gouvernements pour qu'enfin ces droits soient respectés dans le monde entier.» Nous recueillons des signatures régulièrement dans les rues de Bordeaux »,dit Pascal en montrant le DVD d'explication. Et un nouveau guide : celui vers la paix par l'acquisition des droits de l'homme. Sur la couverture, mains solidaires et étendard à blanche colombe.
Un panneau aborde ensuite les méfaits de la psychiatrie intensive. « Nous combattons vigoureusement l'abus de médicaments et d'électrochocs », explique Pascal. « Nous avons réussi à faire fermer de nombreux établissements aux États-Unis, et même un en France, près de Vannes. »
Un autre diable : les drogues. De nombreux fascicules en expliquent les méfaits, discréditent au passage Freud qui « encourageait la consommation de cocaïne ». Pascal nous vante les mérites des programmes Narconon, désintoxication par l'action combinée des vitamines et du sauna» etsousaccom-pagnement médical »
Hubbard partout
Après nous avoir appris que les ministres volontaires de la Scientologie avaient été les seuls avec la Croix-Rouge à porter secours au pied du WorldTradeCenter le 11 septembre 200l, Pascal nous confie à Françoise dans l'arrière-salle. On ne l'avait jamais vu ou lu avant mais là, le fondateur de l'église de Scientologie Ron Hubbard est partout. Sur les couvertures des livres, sur les dépliants, dans une citation sur deux. L'imagerie de tous les documents est colorée, lyrique, à l'intensité constante. Fatigante.
On découvre qu'une solution semble possible pour tout, via la sacro-sainte dianétique, méthode d'éveil spirituel révélant la puissance du mental sur le corps. Créer des amitiés durables, un mariage heureux, un avenir pour votre enfant, parvenir à la confiance en soi :
autant de cours d'amélioration qui vontdiront comment Etle discours récurrentsurles droits inaliénables de chacun. Discours dosé, jamais rationnel sur les forces de chacun.
« Nous n'utilisons que 10 % de nos capacités », rappelle Françoise, l'œil brillant et la voix posée. L'ancienne professeure d'arts plastiques de 70 ans est affable, pense que c'est à cause des psychiatres si la Scientologie est mal vue en France.
Peu de pression
Elle nous parle enfin des « cours d'amélioration »: 46 euros pour un classeur thématique et une présence illimitée à un des créneaux hebdomadaires de la salle d'étude. Françoise demande gentiment nos coordonnées. On esquive facilement en prenantles cartes de visite. On s'attendait à plus de pression, c'est vrai. Un couple est sorti peu avant nous. On le rattrape : « Nous y sommes allées parce que nous n'allons pas biea Ils semblent aroir des réponses », dit la jeune fille. Et pleure.